Ennemi public numéro un (ou Covid19 sous un autre angle)

Je suis l’ennemi public numéro un de l’année 2020.

Celui à abattre. Le trophée que tout le monde souhaiterait voir accrocher à son tableau de chasse. Je suis le meurtrier le plus redouté. Tous les tueurs en série ont un mode opératoire précis, le mien est on ne peut plus simple. Tuer le maximum.

D’où je viens ? En voilà une question ! Vous, les humains pensez que je viens de Chine, car c’est là que je me suis dévoilé. D’où je viens, pourquoi suis-je apparu, toute mon histoire reste une énigme. Seul le comment vous est accessible. Cet aspect-là, vous l’avez compris rapidement. Et c’est d’ailleurs pour cette raison que vous avez mis en place le confinement. Désormais, entre nous, il y aura toujours un avant et un après confinement.e suis l’ennemi public numéro un de l’année 2020. Celui à abattre. Le trophée que tout le monde souhaiterait voir accrocher à son tableau de chasse. Je suis le meurtrier le plus redouté. Tous les tueurs en série ont un mode opératoire précis, le mien est on ne peut plus simple. Tuer le maximum.

Je l’avoue, vous ne m’avez pas facilité la tâche.

Au début, lorsque j’ai débarqué dans votre vie, les choses étaient plus faciles. J’ai fait mouche ! Dès que vous avez commencé à comprendre que je n’allais pas me laisser faire comme certains de mes congénères qui fondent de peur devant la première aspirine, j’ai semé terreur et panique. Le chemin était tout tracé, j’allais et venais à mon bon vouloir. J’avais un passeport international, pas de limite, pas de frontière, mais le droit de vie ou de mort, une totale emprise sur vous.

Tout d’abord, il faut bien que vous l’acceptiez, je vous ai pris par surprise. J’étais, disons, un sujet de conversation voire même un sujet à polémique. Tandis que certains tentaient de faire prendre aux autres la juste mesure de l’ampleur de mes capacités, d’autres prenaient l’affaire à la légère. Alors pourquoi ? Eh bien, certains d’entre vous, vous pouvez vous l’avouer maintenant, n’avaient pas envie de voir débarquer dans leur quotidien un souci supplémentaire. Il faut bien dire que, vous les humains, vous avez le chic pour vous en créer des soucis. Vu d’ici, on dirait même que vous en faîtes une discipline olympique. Alors, accepter qu’une petite chose à des milliers de kilomètres de chez vous remette en cause votre quotidien, cela aurait tenu du miracle… ou du raisonnable, à vous de voir maintenant…

Alors, vous avez fait comme si de rien n’était ou presque.

Disons que vous suiviez votre petite vie, vos sports favoris, vos voyages, vos réunions tout en gardant un œil discret sur le journal télévisé pour vous assurer que vous étiez dans le vrai, du bon côté de la barrière. Métro, boulot dodo. Moi, c’était surtout le « métro boulot » qui m’intéressait, car là, j’en ai gagné du terrain. Pendant que vous vous accrochiez à vos barres de sécurité, que vous laissiez trainer vos mains sur les escalators, moi, j’avançais. Pendant que vous vous évertuiez à discourir en réunion, vous serrant les mains, vous embrassant, vous échangeant vos documents, tout en éternuant ouvertement, moi, j’avançais. Puis, les vacances d’hiver sont arrivées, et là encore, vous m’avez facilité la tâche. Et vas-y que je circule, que je prends les transports en commun. Certains se promènent, d’autres partent chercher le soleil, peu importe, pour moi, l’essentiel est que vous vous déplaciez et regroupiez, cela me suffit pour accomplir ma besogne. Et plus vous vous complaisiez dans vos habitudes de vie, plus je gagnais du terrain.

Je suis l’ennemi public numéro un.

Et soudain, le sort de vos frères italiens vous a alertés. Au moment où je m’y attendais le moins, vous avez trouvé mon point faible, mon talon d’Achille. Et là, vous avez paniqué, votre monde s’est arrêté, le 17 mars exactement, et s’est figé face à cet ennemi invisible que je suis. Vous avez enfin pris la mesure de la situation et vous avez pris des mesures radicales, il faut bien que je l’admette.

Et cette fois, vous ne plaisantiez plus. Chacun est rentré chez soi, se murant pour les semaines à venir. Finies les réunions, finis les trajets collectifs, finies les sorties entre amis. Bref, votre vie sociale s’est arrêtée brusquement. Bam ! Chaque foyer a fermé ses portes pour ne les rouvrir qu’en cas de besoin vital. Vous vous êtes privés de vos petits bonheurs quotidiens, voir la mer, marcher sur la plage, courir en forêt, flâner dans les rues. Vous vous êtes coupés du reste du monde, plus de visites à vos aînés. Vous avez resserré le cercle de vie à votre seule chaumière. Les enfants n’ont plus vu leurs copains, finie l’école, finis les matchs de football…

J’ai senti que je suffoquais, manquais d’oxygène.

Pourtant, je reste l’ennemi public numéro un de l’année 2020.

J’admets, vous m’avez impressionné et pourtant ce n’était que le début.

Vous êtes entrés dans une nouvelle ère. Vous avez mis en marche votre fabuleuse machine à adaptation. L’homme, l’être humain, véritable hermaphrodite de la situation. Vous avez fait en sorte de transcender ces frontières que vous vous étiez imposées. Vous avez fait preuve, je dois bien le dire, d’une faculté d’imagination pour pallier ce manque de communication. Les cerveaux se sont mis en action, vous avez accouché de belles idées. Vous avez alors développé associations, réseaux sociaux, techniques de réalité virtuelle pour reconstruire les ponts que vous veniez de délibérément détruire. On a vu éclore maints projets, certains ont cousu des masques, d’autres ont mis en place des systèmes de livraison de courses à domicile (enfin devant la porte du domicile tout au moins), les producteurs locaux se sont mis à la disposition des populations locales précisément.

Bref, une fois de plus, vous avez ressorti vos meilleures armes, vous savez… Vos bottes secrètes, celles que vous gardez enfouies lorsque tout va bien et que vous ne déterrez qu’en cas de danger. Ces armes, elles portent plusieurs noms. Elles s’appellent empathie, solidarité, protection, amour de votre prochain, auto-défense, toutes ayant le même but ultime, la sauvegarde de votre espèce, l’assouvissement de votre instinct de survie quelle que soit la situation à laquelle vous devez faire face.

Plus vous cherchez à en apprendre sur moi, et plus c’est moi qui en apprends sur vous.

Moi, l’ennemi public numéro un de l’année 2020.

En voulant me déchiffrer, vous vous dévoilez. Vous êtes-vous au moins rendu compte que vous étiez en train de montrer le meilleur de vous-même ? De me forcer à vous montrer un peu de respect face à votre pugnacité ?

Vous m’avez littéralement barré la route, coupé le souffle, et j’ai dû, malgré moi, ralentir ma course infernale. J’ai alors pris un rythme de croisière, je me suis dit, « ok, rétrograde, passe en mode lentement mais sûrement ». Je m’accoutumais à ce nouveau rythme lorsque le 11 mai est arrivé. Déconfinement !

Nouvelle surprise, nouveau virage. Moins radical cette fois, vous avez ce que vous appelez « managé la chèvre et le chou ». Vous vous êtes remis en ordre de combat pour aller travailler, remettre vos enfants à l’école, relancer votre économie, mais vous avez pris soin de garder vos barrières immatérielles que vous aviez érigées jusqu’alors. Vous avez recommencé à sortir, vous divertir, mais en me coupant mes points de passage, en me privant de ma nourriture. Plus de poignées de mains, plus d’embrassades, notez d’ailleurs que je vous ai fait perdre là une des bases de votre communication corporelle. Vous avez appris à vivre autrement. Alors, bien sûr certains d’entre vous font fi de toutes les recommandations que les plus sages leur ont soumises. Cela aussi, c’est une de vos particularités, à vous les humains, vous croire au-dessus de tout, sous-estimer l’ennemi. Vous vous partagez entre les bons petits soldats qui respectent les gestes barrières parce qu’ils en ont compris la vraie finalité et ceux, désinvoltes, qui deviennent mes alliés.

Nouvel ordre de bataille pour vous, nouveau plan militaire pour moi. Je dois désormais compter sur cette catégorie que je nomme mes alliés. Ce sont eux qui vont me garder en vie.

Mais je réfléchis et je finis par me demander si nous n’allons tout simplement pas devoir apprendre à vivre ensemble. De mon côté, je vais devoir accepter que je ne peux pas me jouer de vous comme je l’entends tandis que, du vôtre, vous allez devoir accepter de remettre en cause certaines de vos convictions et devoir admettre qu’il faudra compter avec moi.

Va peut-être s’ouvrir une nouvelle ère, le troisième volet de notre trilogie. L’ère du vivre ensemble, comme vous le faites déjà pour bon nombre de mes semblables. Mais je suis là, je n’abandonne pas et compte bien ne pas perdre ma place d’ennemi public numéro un de l’année 2020.

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